La machine électorale a démarré avec la mise en place du Conseil Electoral Provisoire (CEP). Si jusqu’à présent aucune date n’a été publiée officiellement pour la tenue des élections générales, tout prouve que l’Exécutif et le CEP ont tendance à converger leurs choix vers des élections générales d’ici la fin de cette année.

Toutefois, dans l’éventualité que ces dernières soient organisées, la participation électorale se heurtera à une réalité brutale : l’insécurité. D’ailleurs, ce mot n’exprime plus une menace pour les Haïtiens mais, plutôt, un mode de vie alimenté quotidiennement par des viols, des assassinats, de nouveaux territoires perdus, des habitants qui fuient la violence des gangs pour se réfugier ça et là, des établissements scolaires qui ferment leurs portes, des gens qui se font décapitaliser par le fléau du kidnapping… Ces dernières années, les actions des gangs se sont intensifiées. Ils contrôlent plus de 90% de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, bloquent les routes nationales et terrorisent les populations.

Dans ce climat, convaincre les Haïtiens de se rendre aux urnes relève du défi existentiel. Comment mobiliser des citoyens qui, chaque jour, choisissent entre survie immédiate et espoir lointain ? Comment leur demander de croire en des institutions perçues comme impuissantes face à toutes ces violences ?

L’histoire électorale haïtienne est marquée par des scrutins entachés de fraudes, de manipulations ou d’accords opaques. En 2016, seuls 21 % des électeurs ont participé au deuxième tour des présidentielles. Aujourd’hui, plus que jamais, « voter » devrait être cette action consistant à associer notre devoir civique et la résolution, sinon partielle, de nos principaux problèmes chroniques; à savoir l’insécurité, le chômage, le dysfonctionnement des systèmes éducatif et sanitaire, l’inflation, l’effondrement de l’économie nationale,….

Mais au-delà de ce constat accablant, c’est l’effondrement de la confiance populaire en nos institutions qui s’accentue. Les électeurs ne croient plus que leurs votes puissent changer le cours des choses. La démocratie semble être un luxe inaccessible pour ce pays toujours en quête d’une maturité électorale.

Pour inverser la tendance, seul un résultat majeur peut donner le ton et qui n’est autre que le rétalissement du climat sécuritaire à l’échelle nationale. Il est grand temps de toucher la plaie du droit si on veut réellement reconquérir la confiance des électeurs.

En d’adonnant à un exercice consistant à pousser nos réflexions un peu plus loin, nous nous mettrons tous d’accord que pour sensibiliser les Haïtiens dans le cadre des prochaines élections, il faudra beaucoup plus que de simples slogans. Face à cette défiance généralisée qui caractérise actuellement la population haïtienne, nos autorités se trouvent dans l’obligation de poser des actes qui valent mieux que les paroles car même l’enfer est pavé de bonnes intentions. Les électeurs doivent s’approprier l’idée que la politique peut encore servir le peuple et non l’asservir.

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